À la tête de la Direction préfectorale des Mines et de la Géologie de Boké, M. Mamadouba Sylla, ingénieur géologue, occupe cette responsabilité depuis plusieurs années. À ce poste stratégique, il supervise l’ensemble des activités liées à l’exploitation minière dans la préfecture, l’une des zones minières les plus importantes du pays. Dans un entretien accordé à la rédaction de GM24.org, le Directeur préfectoral des Mines et de la Géologie de Boké est longuement revenu sur le fonctionnement de son département, ses missions principales, ainsi que le rôle central que joue sa direction dans le suivi, le contrôle et l’encadrement des activités minières menées sur le terrain.
Selon Mamadouba Sylla, le Bureau préfectoral des Mines de Boké travaille en étroite collaboration avec les sociétés minières, les autorités locales et les communautés impactées, dans le strict respect des principes, normes et règles établis par le Code minier en vigueur. Cette collaboration vise à garantir une exploitation responsable, durable et bénéfique pour les populations locales, tout en contribuant au développement économique de la préfecture.
Interview
GM24.org : Bonsoir Monsieur le Directeur. Pouvez-vous expliquer ce qu’est la Direction préfectorale des Mines et quel rôle elle joue dans le suivi et le contrôle des activités minières dans la préfecture de Boké ?
Mamadouba Sylla : La Direction préfectorale des Mines et de la Géologie de Boké est une structure déconcentrée du ministère des Mines et de la Géologie. Elle assure la gestion et représente le ministère dans la préfecture de Boké. Son rôle principal est de veiller à l’application des textes réglementaires relatifs à la gestion et à l’exploitation des substances minérales dans la préfecture.
GM24.org : Pouvez-vous nous présenter brièvement la cartographie minière actuelle de la préfecture de Boké ?
Mamadouba Sylla : Les sociétés minières de Boké sont principalement implantées à Sangarédi, Dabiss, Kanfarandé, Tanènè et Malapouya. Ces sous-préfectures, ainsi que la commune urbaine de Boké, sont concernées par les activités minières.
GM24.org : Comment la direction veille-t-elle au respect du Code minier et des réglementations en vigueur par les sociétés minières ?
Mamadouba Sylla : Cela se fait à travers le suivi régulier des activités minières sur le terrain. Lorsqu’une mission de contrôle venue de Conakry est déployée, nous l’accompagnons sur le terrain. En outre, nous effectuons également des missions de contrôle inopinées afin de vérifier si les sociétés opèrent conformément aux dispositions du Code minier.
GM24.org : Quelles sont les mesures concrètes imposées pour limiter la poussière et la pollution des cours d’eau ?
Mamadouba Sylla : Qu’il y ait ou non des plaintes des communautés, nous exigeons des sociétés minières, notamment celles en charge du transport et de l’exploitation, d’arroser régulièrement les routes minières afin de limiter l’envolée de la poussière. Nous leur demandons également d’éviter les têtes de sources afin de prévenir la pollution des cours d’eau. En cas de conflit entre une société et une communauté, nous demandons d’abord à cette dernière de nous saisir officiellement. On ne peut pas interrompre arbitrairement les activités d’une société minière. Une fois saisis, nous invitons la société concernée, puis la communauté, afin de trouver des solutions consensuelles favorisant une cohabitation pacifique.
GM24.org : Comment assurez-vous le suivi de la réhabilitation des sites après exploitation ?
Mamadouba Sylla : Le travail de réhabilitation est transversal. Il ne relève pas uniquement de notre direction, mais implique également les Directions préfectorales de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Habitat. Nous collaborons étroitement dans ce cadre. À titre d’exemple, plusieurs sites ont été réhabilités à Kakoui par la SMB. À Sangarédi, la CBG a également procédé à la réhabilitation de plusieurs zones. Certains plateaux épuisés de Dabiss ont aussi été réhabilités par la SMB.
GM24.org : Quel est l’apport actuel du secteur minier au Fonds de Développement Économique Local (FODEL) ?
Mamadouba Sylla : Depuis l’avènement du CNRD, la gestion du FODEL avait été suspendue. Toutefois, ce fonds a récemment été transféré dans le portefeuille de l’ANAFIC. Une cérémonie de remise des chèques aux communautés s’est tenue à l’hôtel Rio Nunez de Boké, suivie de l’inauguration de la Direction préfectorale de l’ANAFIC. Aujourd’hui, tout est prêt pour que les communautés bénéficiaires utilisent ces fonds pour leur développement local, notamment dans la construction d’écoles, de forages, de postes de santé et le financement des groupements d’intérêt économique. Le FODEL joue un rôle majeur dans le développement des communautés impactées.
GM24.org : Comment est gérée la cohabitation entre les zones minières et agricoles ?
Mamadouba Sylla : Les mines ne s’implantent pas de manière anarchique. Toute implantation minière nécessite d’abord une autorisation environnementale et sociale. Cette étape est indispensable avant l’octroi d’une autorisation de recherche ou d’exploitation par le ministère des Mines et de la Géologie.
GM24.org : Quels sont les principaux défis de votre direction ?
Mamadouba Sylla : Les défis sont nombreux et exigent beaucoup de persévérance. Malgré les moyens limités dont nous disposons, nous faisons de notre mieux pour atteindre des résultats satisfaisants. L’État œuvre à l’amélioration de nos conditions de travail, notamment par l’acquisition d’un véhicule, car nous manquons de moyens de déplacement pour accéder aux zones éloignées ou en situation de conflit.
GM24.org : Quels mécanismes existent pour aider les communautés à mieux comprendre le contenu local ?
Mamadouba Sylla : Le service des Relations communautaires du ministère des Mines et de la Géologie mène régulièrement des campagnes de sensibilisation dans les zones impactées par l’exploitation minière. Toutefois, le concept du contenu local reste encore mal compris par certaines communautés.
GM24.org : Votre mot de la fin ?
Mamadouba Sylla : Pour une cohabitation harmonieuse, il est essentiel que le contenu local soit bien compris par les sociétés minières et les communautés. Beaucoup pensent qu’une entreprise minière doit recruter exclusivement les populations locales. Or, le contenu local concerne surtout les emplois ne nécessitant pas de diplômes ou de qualifications élevées, qui doivent être attribués en priorité aux communautés riveraines. Pour les postes nécessitant des qualifications supérieures, tous les Guinéens doivent avoir les mêmes chances. Tant que cette réalité ne sera pas comprise, des difficultés persisteront.
Fatoumata Baïlaou Bah pour GM24.org

